Chaleur humaine : les inédits

« Et ton cœur pendu à ma chaîne… »

Rose Laurens a enregistré de très nombreux morceaux restés inédits tout au long de sa carrière. Des enregistrements qu’elle avait précieusement conservés et que sa famille et l’équipe de Rose Laurens Souvenirs ne cessent de découvrir. Certains sont finalisés, d’autres sont encore sous forme de maquettes, mais tous ont une couleur qui nous rappelle le talent et la voix inimitable de la chanteuse. C’est pourquoi nous avons souhaité partager ces instants de musique avec vous, sur ce recueil de 15 inédits que nous avons intitulé Chaleur humaine, une expression qui caractérise si bien la philosophie de notre chanteuse. Voici donc un petit tour d’horizon de ces 15 chansons, ainsi que quelques secrets.

Djaganero

Sur une musique de Jean-Pierre Goussaud et des paroles de la chanteuse elle-même, Djaganero exhale des parfums et des rythmes venus d’ailleurs. Ce mid-tempo est habillé d’un thème familier dans l’univers musical de Rose Laurens puisqu’il dénonce la misère, les différences de catégories sociales et celles entre les peuples, et l’intolérance. On pourra d’ailleurs aisément rapprocher le destin du protagoniste, réduit à la mendicité, à celui de Kalimba (face B de Danse moi). Du ghetto aux favelas, les drames sont les mêmes. Exhumé à l’état de maquette, on n’a pas de mal à imaginer la dimension qu’aurait pu atteindre Djaganero avec, par exemple, de vrais cuivres.

Jimmy Dean

C’est une Rose rêveuse qui nous apparaît sur cette ballade synthétique composée par Jean-Pierre Goussaud et dont elle signe le texte. Elle y décrit le fantasme d’une jeune femme pour l’acteur mythique (« Je découpais tes yeux dans Cinémonde »), une adoration qui va jusqu’à l’obsession et même la folie. Mais la disparition du jeune comédien en pleine gloire la pousse à un douloureux retour à la réalité. La vie a désormais remplacé le rêve et le fantasme a fait place à l’homme de chair (« Je dors avec une autre idole ») même si la flamme ne s’éteint véritablement jamais (« Depuis que t’es chez dieu, mes nuits sont longues »).

Chaleur humaine

Sur une musique à l’aura mystérieuse, envoûtante et presque inquiétante de Jean-Pierre Goussaud, Sylvain Lebel et Claude Lemesle, auteurs réguliers de la chanteuse, concoctent du sur mesure. En constatant l’échec de l’humanité à se concentrer sur des valeurs aussi simples que l’amour, le regard et le besoin de l’autre, au profit de pseudo-besoins matériels, la chanteuse y prône au contraire son désir de tendresse et d’attention réciproque, seul remède à la solitude de nos sociétés individualistes. Le cœur pendu à la chaîne qu’elle porte au cou et qu’elle évoque dans la chanson lui a été offert par sa maman à l’occasion de ses 18 ans. Chaleur humaine restera un joyau inédit et c’est Fabienne Thibeault qui l’enregistrera et en fera un single en 1987. À l’occasion de la sortie de cet album d’inédits, l’équipe de Rose Laurens Souvenirs a réalisé un clip pour Chaleur humaine avec des images vidéo provenant des archives personnelles de Rose Laurens, sur une version edit de la chanson.

Out

À l’instar de Djaganero, Out est à nouveau une chanson à portée humanitaire. Écrite par Rose et composée par Jean-Pierre, c’est une ode à la révolte contre toute forme d’oppression et d’injustice (« Exorciser la douleur », « Libérer sa peur »), la liberté étant une valeur chère au cœur de la chanteuse, mais également contre le fanatisme religieux. Morceau rythmé, Out est musicalement et dans l’esprit assez proche d’une chanson comme La Négresse blanche par exemple.

Jouets cassés

Toujours du tandem Rose Laurens / Jean-Pierre Goussaud, Jouets cassés est une vraie curiosité. La mélodie y est volontairement naïve et enfantine et contraste avec un texte grave qui se répète comme une obsession. Les secrets sont déchirés, les poupées chiffonnées, le soleil s’est voilé… Il s’agit manifestement là d’une rupture douloureuse avec le monde de l’enfance.

Give Love a Chance

Dernière chanson de cette sélection sur laquelle Rose Laurens pose un texte sur la musique de son compagnon Jean-Pierre Goussaud, Give Love a Chance est un morceau dédié à ce qui anime la chanteuse, à savoir l’amour bien sûr ! Un « courant qui agit », une « énergie » ou encore une « électricité », l’amour est en effet son moteur mais également son refuge face à la cruauté du monde qui nous entoure.

La Terre natale

Chanson écrite par Gilles de Loonois et composée par Jean-Pierre Goussaud en 1978, Rose Laurens en enregistre une maquette qui va être envoyée pour participation à la pré-sélection française du concours Eurovision 1978. Mais c’est une autre chanson du même auteur qui est retenue pour la pré-sélection, à savoir Joue ta musique interprétée par Christian Villers qui terminera 4e de sa demi-finale le 19 mars 1978. Ce sera finalement Joël Prévost qui représentera la France à l’Eurovision avec Il y aura toujours des violons et qui terminera troisième.
Dommage pour La Terre natale qui, un an après la victoire de Marie Myriam, avait pourtant tous les ingrédients pour réitérer ce succès, avec son début en douceur et sa montée en puissance progressive, son texte universel et la solide voix de sa chanteuse. Rose était visiblement consciente du potentiel de cette chanson puisqu’elle en réécrira le texte en 1994 (L’Africaine) avant de l’enregistrer à nouveau avec un texte de Pierre Palmade (Et si la vie), cette fois dans les années 2000.

La petite fille qui neigeait

Jean-Pierre Goussaud qui avait déjà composé pour Marie Laforêt (Pourquoi les hommes pleurent ? qu’elle sort en 45 tours en 1973 et présent sur son album de la même année), souhaitait lui proposer la mélodie de ce qui deviendra La petite fille qui neigeait avec un texte de Gilles de Loonois. Mais Rose a un coup de cœur pour cette chanson et son texte, l’histoire d’une petite fille et d’une rencontre sur le chemin de la maison, entre Cosette et La Petite Fille aux allumettes, et décide de la garder pour elle. C’est l’une des chansons préférées de sa maman, sensible à sa tonalité mélodramatique et à la ferveur dans l’interprétation de Rose. La petite fille qui neigeait a une parenté évidente avec une autre chanson du même tandem d’auteur-compositeur, Ballade autour d’un café viennois. Outre sa construction, ses arrangements et son interprétation similaires, on y retrouve l’évocation de l’enfance et de la figure paternelle. Restée finalement inédite, il existe deux versions différentes de cette chanson.

L’Homme

Parmi les chansons les plus étonnantes de ce recueil d’inédits, L’Homme se détache tout particulièrement. Sur une musique au piano de Jean-Pierre Goussaud, c’est Boris Bergman qui prête sa plume à Rose qui a beaucoup d’admiration pour cet auteur. En près de 4 minutes, il retrace l’histoire de l’humanité, de l’invention de la guerre aux luttes de pouvoir, et prédit une pandémie dévastatrice. L’histoire se termine toutefois sur une note positive avec la reprise du premier couplet, tel le début d’un nouveau cycle, un éternel recommencement.
Lorsqu’après avoir retrouvé cet enregistrement nous avons contacté Boris Bergman, celui-ci se souvenait encore par cœur des trois premières phrases du texte plus de quarante ans après. Il nous a également fait remarquer que la thématique abordée par Zazie dans sa chanson Je suis un homme était assez similaire. Bergman écrira d’autres textes pour Rose Laurens à la même époque mais également beaucoup plus tard, dans les années 2000, chansons toujours inédites…

Maintenant

À l’époque où Rose collabore avec Alice Dona, elle est invitée à un repas avec les responsables des éditions Plein Soleil et Bagatelle, mais aussi Serge Lama, Claude Lemesle, Sylvain Lebel, Raoul Breton, Alice Dona et son mari… Est présent également un jeune compositeur, Jean-Pierre Goussaud, que son meilleur ami Sylvain Lebel a dû traîner pour qu’il vienne. Subjugué par Rose, il garde les yeux rivés sur elle durant tout le repas mais, très intimidé, n’ose prononcer un seul mot. Une anecdote qu’elle racontera, amusée, le soir même en rentrant chez sa mère. Trois jours plus tard, Jean-Pierre prend son courage à deux mains et appelle Rose… S’en suivra une correspondance durant le mois d’août 1975.
Maintenant est l’une des premières compositions de Jean-Pierre pour Rose, si ce n’est la première, et Sylvain Lebel, qui en signe le texte, y décrit tout simplement l’histoire d’amour qui est en train de naître sous ses yeux. Il existe plusieurs versions de cette chanson.

Vivre à genoux

La chanson est composée sur mesure pour Rose par Alice Dona avec un texte de Claude Lemesle qui décrit les tourments d’une femme éprise au point de se livrer corps et âme à celui qu’elle aime. Rose enregistre Vivre à genoux au studio 10 en 1974 et fait preuve d’une maîtrise vocale étonnante et d’une interprétation très théâtrale. La chanson va jusqu’à être diffusée en test sur une station de radio mais le côté un peu trop sombre du texte aura raison des ambitions de Vivre à genoux à devenir un single.

Le Silence

Rose rencontre à plusieurs reprises Serge Lama et Alice Dona avec qui une amitié réciproque va se tisser. Ils écrivent pour elle Le Silence, chanson que Rose enregistre au début de l’année 1975. Mais la jeune chanteuse, qui se cherche encore, n’a pas le souhait de continuer la collaboration avec ce style de chanson malgré la qualité du texte et de la musique. Ce sera finalement Mireille Mathieu qui enregistrera Le Silence avec une orchestration très différente d’Yvon Ouazana sur son album Sentimentalement vôtre qui paraît en 1977 et contient le grand succès Mille colombes.

Des prières

Autre titre composé par Alice Dona avec un texte de Claude Lemesle, Rose enregistre Des prières en 1974. Une chanson qu’on retrouvera à nouveau sur l’album Sentimentalement vôtre de Mireille Mathieu avec l’orchestre de Jean Musy mais également en face B du 45 tours Mille colombes au Canada. L’album Sentimentalement vôtre dépassera les 200 000 ventes en France.

Pour te retrouver

On retrouve à nouveau Claude Lemesle et Alice Dona sur ce très joli titre où la voix de la chanteuse se pose sur de délicats arrangements pour guitares et violons. Prête à tous les sacrifices et les métamorphoses les plus exubérantes pour rejoindre celui qu’elle aime, la jeune amoureuse n’éprouve aucune honte à faire part de ses sentiments au monde entier.

L’Animal

Et pour clore cette sélection, quoi de mieux que de retrouver la Rose Laurens des dancefloors, celle qui nous fit danser sur ses nombreux hymnes de clubs ? Avec une simple boucle de synthé, Jean-Pierre Goussaud construit un titre à ambiance dont il a le secret. Alors que le rythme entêtant est martelé, Rose déclame le texte de Marc Strawzynski, le sensuel L’Animal, sous les charmes duquel elle succombe à chaque fois… À la fin du morceau, c’est Jean-Pierre Goussaud lui-même qui vient donner la réplique à Rose.