
Après le succès d’Africa, de son premier album Déraisonnable puis de Mamy Yoko, la fin de l’année 1983 n’est pas synonyme de repos pour Rose Laurens. En effet, toujours en pleine promotion de son deuxième 45 tours chez Flarenasch en France et à l’étranger, notre jeune chanteuse entre en studio au mois d’octobre pour enregistrer son deuxième album intitulé Vivre.
Un an seulement s’est écoulé depuis la sortie du premier qui, entre-temps, a été récompensé d’un disque d’or. Sa maison de disques n’ayant pas souhaité poursuivre l’exploitation de ce premier 33 tours, l’équipe de Rose s’est remise au travail afin de concocter de nouvelles chansons. Le public français connaît déjà Mamy Yoko et sa face B T’envole pas sans moi, et on trouvera huit autres nouvelles chansons sur ce Vivre qui se veut, dans les thèmes abordés, plus ancré dans son époque, « plus réaliste » comme elle le décrit. Avec Vivre, Rose Laurens confirme qu’elle est une interprète polyvalente et populaire.

Intégralement composé par son compagnon Jean-Pierre Goussaud avec à la plume Jean-Michel Bériat, Vivre est en quelque sorte une version évoluée de Déraisonnable. Si l’on y trouve encore des références romantiques et romanesques, comme la ballade Esmeralda (où Rose, après avoir interprété sur scène la Fantine des Misérables d’Hugo, évoque une autre héroïne du poète écrivain), une attention particulière est portée aux titres dansants qui ont fait le succès de la jeune artiste. Ainsi, Magique et musique, Zodiacale et La Négresse blanche (un hommage aux chanteurs et chanteuses noirs qui la font rêver), à l’efficacité redoutable, vont combler les amateurs de la Rose des pistes de danse. Par ailleurs, des titres comme Les Stars du pouvoir ou Chasseur d’images offrent des textes beaucoup plus sérieux en réaction à l’actualité, et Une autre vie referme l’album sur une chanson d’espoir.


Quant à la chanson qui donne son titre à l’album et qui va permettre à Rose d’en assurer la promotion, elle la commente en ces termes : « Vivre correspond à ce que je voulais dire de façon urgente, à savoir ma rage de vivre ». Là aussi une chanson plus sérieuse, un état des lieux très sombre de la société contemporaine, mais aussi un chant d’espoir et de lutte dans lequel les êtres humains font preuve d’une grande résilience en affirmant leur désir de vivre coûte que coûte. Il s’agit cette fois d’une ballade plutôt qu’un titre dansant comme l’aurait souhaité la maison de disques. Après s’être montrés conciliants en enregistrant Mamy Yoko, Rose et Jean-Pierre imposent cette fois-ci une autre facette de Rose Laurens.
Vivre est édité en 45 tours le 15 décembre et précède de seulement quelques jours la sortie de l’album, le 19. Les deux sont illustrés du même portrait de Rose signé Didier Buriez sur lequel elle n’arbore qu’une seule boucle d’oreille, sa marque de fabrique. Elle en démarre la promotion fin décembre et on la voit notamment le 20 dans Dix sur dix sur TF1, le 31 dans Les Petits Papiers de Noël, puis en janvier 1984 dans L’Académie des 9, Atout cœur, Entrez les artistes, Cadence 3 puis dans Champs-Élysées le 10 mars. Un clip qui met parfaitement en scène la chanson (et dans lequel on aperçoit Jean-Pierre Goussaud) est tourné en Belgique le 7 février mais ne sera malheureusement quasiment pas diffusé (une fois le 26 mai sur FR3 Bretagne).
Vivre reçoit un bon accueil des radios et se classe 5e sur RTL et 20e sur RMC tandis que les ventes du 45 tours avoisinent les 150 000 exemplaires. La promotion du titre, mais également de l’album, sera pourtant de courte durée et Flarenasch mise en parallèle sur l’international avec Night Sky, la version anglaise de Zodiacale, un titre dansant qui permet à Rose de partir à nouveau faire de la promo à l’étranger. Le titre sera un petit succès en Suède où il se classe 12e des charts.
S’il est envisagé d’enregistrer des versions anglaises des chansons de l’album, celles-ci ne verront pourtant jamais le jour, à l’exception de Magic and Music (Magique et Musique) et Living in Your Song (T’envole pas sans moi) dont on avait eu la primeur sur l’album en anglais quelques mois plus tôt, et de Night Sky (Zodiacale) et My Revenge (La Négresse blanche), face B de Night Sky sur le pressage belge et hollandais du single. Life (Vivre) sera finalement retrouvé et édité en 2019 sur le coffret Collection volume 2.


Si elle tente de défendre son deuxième album du mieux qu’elle peut, en interprétant notamment d’autres chansons en télévision, comme La Négresse blanche ou Une autre vie, la promotion sera à nouveau écourtée, Flarenasch sacrifiant encore une fois un superbe album au profit d’un 45 tours inédit et dansant, Danse moi, qui lui succède très vite, dès le mois de juin. Aucun autre titre de l’album Vivre ne sera exploité en single, alors que La Négresse blanche, Zodiacale, Magique et Musique avaient pourtant du potentiel.
Heureusement, l’année 1984 ne sera pas que frustration, et Rose reçoit fin janvier au Midem de Cannes des mains de Patrick Sabatier et Diane Tell le trophée de l’artiste féminine de l’année 1983. Janvier est également l’occasion d’adresser à ses admirateurs le deuxième bulletin de son fan club qui récapitule son actualité, offre un portrait de la chanteuse sous forme de questions-réponses, ainsi que les paroles du dernier single, Vivre.



Au rayon des anecdotes amusantes, Rose et Dalida, qui partagent la passion des tenues en cuir de Jean-Claude Jitrois, se retrouvent le même jour à l’enregistrement de L’Académie des 9 avec la même tenue, à ce détail près que Rose la porte en rouge et Dalida en noir. On évoque également la possibilité de la participation de Rose au concours Eurovision mais l’idée ne la séduit pas vraiment et c’est Sophie Carle qui va défendre les couleurs du Luxembourg avec 100 % d’amour, chanson composée par Jean-Pierre Goussaud. Désormais très demandé, il travaille cette année-là pour Dalida, Hervé Vilard, Stéphane & Abbacadabra, Maria de Rossi, Bernard Menez, Marcel Amont… mais aussi Céline Dion, que Rose a l’occasion de rencontrer à deux reprises et qui décrira la jeune chanteuse comme quelqu’un d’adorable et de simple.



Enfin pour les collectionneurs, un petit point sur les différentes versions des chansons de l’album. Vivre est édité en 45 tours dans une version plus courte que celle de l’album (le pont musical est écourté, ainsi que la fin de la chanson avec les chœurs qui arrivent plus tôt). Une version album intégrale, retrouvée bien plus tard et éditée dans le coffret Collection volume 2, nous permet de découvrir qu’il fut envisagé de sortir la chanson dans une version plus longue (l’introduction musicale est doublée). On s’étonnera de noter que la version 45 tours de Zodiacale (en face B de Vivre), offre deux secondes de musique en plus en fin de piste par rapport à la version album. Et là encore on a retrouvé une version intégrale plus longue sur laquelle la phrase « Sur la carte du ciel, Il y a quelque part, La trace d’une échelle, Où je rêve le soir », en fin de chanson, est répétée. Notons également que la réédition 2021 du coffret Collection volume 2 offre des versions longues inédites de La Négresse blanche et de Magique et Musique, tandis que sur le volume 1 on découvre des maquettes de Magique et Musique et d’Une autre vie.
Au niveau des différentes éditions de l’album, il est à signaler que le deuxième pressage en vinyle laisse apparaître une différence de la taille du lettrage sur la pochette ainsi que quelques différences sur l’insert. Un repressage avec un sticker « Inclus Mamy Yoko » existe également. Enfin, notons que le Canada nous offre à nouveau une exclusivité avec un vinyle et une cassette 4 titres reprenant la pochette de l’album et sur lesquels on trouve Zodiacale, La Négresse blanche, Vivre et Esmeralda. En 2015, l’album Vivre est disponible sur les plateformes en version remasterisée avec en bonus toutes les versions instrumentales inédites (et souvent plus longues) des chansons du disque.
(Voir la discographie du single Vivre et celle de l’album)
